installation sonore - archives et sons réels - traitement et spatialisation

Durée: 10’11’’

 

1969 fut l’année de création de l’Université Paris VIII à Vincennes, mais ce fut aussi une année charnière entre deux époques tant en Occident qu’au Japon, et cette transition est particulièrement intéressante d’un point de vue de l’environnement sonore.

Un titre en forme de clin d’œil à Gilles Deleuze dont c’était une des expressions favorites, mais aussi pour signifier qu’un monde, celui de l’après-guerre, celui de la foi en la production illimitée de bien matériels, prend fin dans les soubresauts des évènements de l’année précédente. 

La pièce 1969 : jusque là ça va !  que j’ai imaginée autour de cette mutation suscite une réflexion sur les rapports entre l’histoire, « toutes les histoires », et le son. Se pose la question de la réutilisation de matériaux sonores dans la création, du recyclage et donc de l’écologie sonore : les musiciens de Hip-Hop et de Rap, les compositeurs de musique concrète, entre autres, ont répondu à cette vieille question philosophique, mais qu’en est-il de l’installation sonore ?

               
 

1969 : année de transition donc ; voire de rupture entre une période de trente ans de croissance ininterrompue, de confiance dans l’avenir qui se termine, et le début d’une période de doutes, de contestations, de conscience de la finité du monde (écologie). 

1969 : année de création de l’Université Paris 8 Vincennes - Saint Denis, héritière du Centre expérimental de Vincennes et de l’effervescence intellectuelle et pédagogique qui a suivi Mai 68 ; habitée (entre autres) par Gilles Deleuze de 1979 à 1987. 

1969 : c’est à la fois l’homme sur la lune, les premiers grands festival de rock, le dernier concert des Beatles et premier de Led Zeppelin, le début de la période « politique » de Jean-Luc Godard, l'occupation de l'île d'Alcatraz par l'American Indian Movement (AIM), soutenu par le Black Panther Party, la montée en puissance du mouvement pacifiste contre la guerre du Vietnam, la sortie de l’album In a Silent Way ( titre étonnant pour un disque)de Miles Davis, …
  

Au Japon, le début de l’année 1969 est le Mai 68 nippon, marqué par la « prise de la forteresse Yasuda » : plusieurs centaines d’étudiants et étudiantes se sont barricadées dans la tour Yasuda, symbole de l’université de Tokyo. Aux 8000 policiers qui tentent de les déloger, les étudiants répondent par des chants révolutionnaires, des jets de cocktails Molotov et de bouteilles d’acide. Il faudra trois jours de combats pour mettre fin à cette occupation. Pourtant, la contestation continue à progresser durant l’année 1969 et se propage dans une centaine d’universités.
 
1969: l’économie japonaise arrive à la deuxième place mondiale, les premières autoroutes entrent en service, Yoshishige Yoshida sort "Eros plus massacre" film sur la vie de Sakae Osugi, anarchiste japonais, Nagisa Oshima  sort "Journal d'un voleur de Shinjuku", une nouvelle génération d’écrivains « la génération  de l’introversion » voit le jour, la musique électronique entre à l’université, et surtout le Japon prépare l’Exposition Universelle d’Osaka sur le thème du « Progrès et harmonie pour l'humanité » et pour laquelle Toru Takemitsu, Yuji Takahashi , Iannis Xenakis, Isao Tomita préparent des installations sonores. 

Un monde nouveau est en construction. Utopies… qui seront suivi bien rapidement d’une reprise en main par les puissances dominantes.

 

 

Dans cette pièce, Kumiko Iseki  a voulu rendre compte de la transition entre ces deux époques tout en mettant en parallèle l’Occident et le Japon.

Le déroulé temporel de la pièce s’inspire de l’évolution du son entre les années 60 et les années 70, tandis que les sons de l’occident et du Japon se répondent, s’enchevêtrent dans l’espace d’écoute (quadriphonie). 

Pour cela, Kumiko Iseki a puisé dans les archives sonores, les discours politiques, les cours de Paris 8, le cinéma, la musique, les sons de la ville et de la campagne… pour en extraire leur force intrinsèque et tenter de restituer la mutation d’un paysage sonore. 

Il ne s’agit pas bien sûr pas d’un documentaire sonore sur une époque, mais d’une sorte de récupération (recycling, aufhebung chez Hegel ou relève chez Derrida), de la réutilisation d’un matériel sonore pour construire une nouvelle pièce, de lui redonner vie en suscitant une nouvelle écoute tout en respectant les différences de perception entre l’occident et le Japon : écologie sonore.

La pièce, portée par la voix de Gilles Deleuze qui sert de fil conducteur, rend aussi un hommage détourné aux travaux et enseignements menés à l’Université Paris 8 en parfaite adéquation avec leur époque.

 

Sources

                  

Musiques                             Toru Takemitsu : November Steps, 1967 (Japon)
                                                Iannis Xenakis : Hibiki Hana Ma, 1969 (Installation sonore dans le pavillon d’acier
                                                                                                                                                                      à  l’exposition universelle d’Osaka)
                                               Georges Moustaki : Le Métèque, 1969
                                               Chanson d’enfants : Antagata Dokosa (Japon)
                                               Rolling Stones - Sympathy for The Devil ( One+One et Altamont 1969)
                                               Art Ensemble Of Chicago
                                               Jimmy Hendrix : The Star-Spangled Banner (Woodstock festival 1969)

Les voix                              Neil Armstrong                                     Jean-Paul Belmondo
                                              Daniel Cohn Bendit                            Gilles Deleuze
                                              Mick Jagger                                          Anna Karina
                                              Nelson Rolihlahla Mandela              Pier Paolo Pasolini
                                             Jean-Paul Sartre                                  Etudiants de l’Université Nihon

Les films                             Kiju Yoshida              Adieu clarté d'été, 1968
                                                                                    Eros Plus Massacre, 1969
                                              Jacques Tati              Les Vacances de Monsieur Hulot, 1953
                                                                                   Mon oncle, 1958
                                                                                   Play Time, 1967
                                             J.L. Godard                 Une femme est une femme, 1961
                                                                                   One + One, 1968

Les sons et les musiques de la ville et de la campagne  (Japon)
                                    
        Camion de poubelles                         Trains et passages à niveau
                                            Marchands ambulants                        Fête de Koyaguchi (ville natale de Kumiko)
                                            Dispositifs sonores naturels : Furin, Shishi-Odoshi,  Suikinkutsu, …


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