Installation sonore
voix et sons réels - archives sonores réinventées - traitement et spatialisation

Durée: 4'29"

 

La Conciergerie fait partie de l’histoire de France. En particulier, pendant la Terreur, les personnages les plus importants de la Révolution y ont été jugés et incarcérées avant d’être exécutées.

La pièce que j’ai composée a trouvé son inspiration dans les événements qui s’y sont déroulés pendant cette période de la Révolution Française, et en particulier les derniers moments de la vie de Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine.
Elle est avant tout une interrogation sur cette période de l’Histoire de France: comment le peuple a-t-il entendu le souffle de la révolution? Qu’a éprouvé la veuve Capet (Marie-Antoinette) durant son séjour en prison et juste avant son exécution?

                
 
Le jour de son exécution, à quatre heures et demie du matin le 16 octobre 1793 juste avant de partir à l’échafaud, Marie-Antoinette a rédigé un testament qui est parvenu jusqu’à nous après bien des péripéties. Aujourd’hui, nous pouvons voir cette dernière lettre avec les traces de ses larmes. C’est un texte à la fois pathétique et serein, d’une grande émotion et d’une grande lucidité.
 
MA
C’est cette la lecture de cette lettre qui sert de trame à la pièce ; le texte est ponctué, découpé, interrompu, bousculé par l’énumération des personnes qui ont été guillotinées: 2780 personnes ! Quand on est dans cette salle,on ai l’impression que les voix des guillotinés y résonnent encore.
Guillotinés 
 

Les bruits du « dehors », les bruits de la révolution, qui envahissent peu à peu l’espace de la cellule de Marie Antoinette, sont évoqués par des sons électroniques, ponctués par les réminiscences d’une lointaine et cauchemardesque musique de cour.

  La pièce

 

Les sons et les idées

Il y a  trois couches de sons :

                     Première couche : la voix de Marie-Antoinette :

Une femme lit la dernière lettre de Marie-Antoinette. Elle chuchote pour symboliser le fait que cette lettre fût écrite en cachette et aussi pour traduire l’extrême émotion de la rédactrice. Dans l’espace sonore,  j’ai positionné cette  voix au centre, sans jamais la déplacer, et me suis attachée à ce qu’elle soit toujours intelligible.

                     Deuxième couche : la voix de l’Accusateur Public :

Le tribunal révolutionnaire était à côté de la chapelle de la Conciergerie.
Des voix d’hommes disent les noms de personnes guillotinées, connues et inconnues. J’ai enregistré un grand nombre de locuteurs « ordinaires », y compris des touristes qui visitaient la conciergerie. J’ai ensuite choisi les voix les plus claires, celles qui donnent une image d’autorité. J’ai positionné ces voix dans toutes les directions de l’espace, parfois très proches et parfois très lointaines.

Troisième couche : les bruits du « dehors », de la révolution, les réminiscences du passé (l’Autriche, la Cour) :

Ils sont évoqués par des sons acousmatiques, sons réels traités, sons de synthèse, musiques (Mozart) dépitchées et ralenties à l’extrême. Ils offrent une grande plage de dynamique et sont spatialisés le plus largement possible 


La dramaturgie

C’est donc la lecture de cette lettre de Marie-Antoinette qui sert de fil directeur à la pièce ; le texte est ponctué, découpé, interrompu, bousculé puis finalement submergé par l’énumération des noms des personnes qui ont été guillotinées. Ces noms apparaissent d’abord très espacés, épisodiquement, comme si le processus révolutionnaire pouvait encore être arrêté, puis se densifient  et s’accélèrent dans une frénésie tragique qui conduit à l’exécution de Marie-Antoinette.

La lecture de la lettre commence dans le silence de la cellule. Il est quatre heures et demi du matin. Puis on entend les premiers oiseaux, les premiers chevaux dans les rues voisines, les premiers pas dans la prison. Puis c’est le bruit de la foule révolutionnaire qu’on distingue peu à peu, qui monte, qui couvre le bruit de la charrette, qui envahit peu à peu tout l’espace de la cellule, qui s’amplifie jusqu’au couperet final.

On entend aussi parfois les réminiscences lointaines d’une cauchemardesque musique de la cour d’Autriche, musique dont les basses participent à la tension finale.


Le paysage sonore dans la Chapelle de la  Conciergerie

La Conciergerie est à la fois un lieu d’histoire et l’histoire d’un lieu. Il y a une  résonance naturelle importante, particulièrement dans la chapelle qui est assez sombre. Il y a une petite pièce attenante à la chapelle qui sert de mémorial à Marie-Antoinette. La chapelle, avant même la diffusion des premiers sons, prépare le public : préparation de la mémoire, préparation de l’oreille. La chapelle est un paysage sonore en soi. La visite des salles par lesquelles il faut passer pour s’y rendre (salle d’armes, salle des noms, cellules, couloirs, escaliers), participe à ce travail d’activation de la mémoire.

fichier .pdf

 Chapelle


retour vers la page d'accueil